De l’art du motif dans le textile

Les mouvements artistiques n’ont cessé d’inspirer le textile. Cette belle exposition « Formes et couleurs » du Musée des étoffes de Mulhouse retrace l’histoire de la couleur et du motif au travers les créations des dessinateurs textiles mode & maison. A voir jusqu’au 1er octobre 2017.

Les dessinateurs textiles ont joué un rôle précurseur dans le processus créatif par l’utilisation de la forme et de la couleur. Tributaires au fil du temps des évolutions de la technologie, ils ont aussi été inspirés par la mouvance artistique de leur époque.  Qu’ils soient copiés, inspirés, décalés, avant-gardistes, les motifs n’ont jamais fini de s’inventer. C’est ce qu’illustre l’exposition « Formes et Couleurs » qui invite le visiteur à se plonger dans cet univers fascinant, graphique et bigarré, spontané et conceptuel où les œuvres de grands maîtres du XXème siècle – mode, ameublement, arts industriels – dialoguent avec les créations des dessinateurs textiles de génie. La scénographie, colorée et architecturée, met en exergue le processus créateur de ces générations successives de dessinateurs.

Dessin à motif de cercles et carrés France, Paris, dessinateur Roger Kluczewski, vers 1970 Gouache sur papier Inv. 001.33.1083.6.

Carré  à motifs géométriques France, 1980 Taffetas de polyester imprimé  Inv.980.147.1.M

 

Histoire de la couleur dans la teinture et l’impression

Dans l’antiquité déjà, le tissage relève de la relation des couleurs entre elles et de l’influence de la lumière. Un constat qui ne se dément toujours pas ! Les premières indiennes arrivées en occident dans la seconde moitié du 17ème siècle sont un succès. La richesse de leurs couleurs illumine les intérieurs et les vêtements européens. Rapidement les manufactures occidentales s’en inspirent et forment les premières bases du vocabulaire décoratif textile.

Si les couleurs naturelles – la pourpre, la garance, le pastel, l’indigo, le kermès, la cochenille, le safran et l’oseille –  pour la teinture et l’impression limitent la palette créative de l’époque, la fantaisie des dessinateurs n’a de cesse de se renouveler pour faire face à une demande croissante. Par le motif et la couleur, ces derniers se libèrent progressivement du figuratif pour tendre vers l’abstraction. La technologie prend le relais. Jean-Michel Haussmann (1742-1829), manufacturier au Logelbach près de Colmar, s’affiche comme précurseur pour l’application des mordants sur les toiles de lin ou de coton. En 1790, la palette se complète de colorants minéraux tels que le chamois de l’hydrate d’oxyde ferrique, l’orangé de l’antimoine, le bleu de Prusse et les bistre du manganèse. Il faut attendre le 19ème siècle pour que les recherches des chimistes Claude Louis Berthollet (1748-1822), Etienne chevreul (1838-1907), Wilhelm von Hofmann (1818-1892) et William Henry Perkins (1838-1907) posent les bases scientifiques des interactions des couleurs et conduisent à la création des teintures synthétiques. Dès lors, la gamme chromatique s’élargit comme elle s’enrichit d’études sur les contrastes et l’harmonie des couleurs. Dès lors, le monde textile s’ouvre à une nouvelle créativité qui vient influencer l’art du teinturier coloriste et le vocabulaire décoratif traditionnel. Enfin, saisi par les teinturiers de l’époque qui observent que certaines teintures ne donnent pas les couleurs qu’on en attend, Michel Eugène Chevreul (1786-1889) chimiste et directeur de la Manufacture des Gobelins, introduit un système de classification rationnelle des couleurs fondé sur un cercle chromatique. Datant de 1839, sa « Loi du contraste simultané des couleurs » marque une évolution déterminante dans l’utilisation de la couleur pour toutes les écoles artistiques.

dessin géométrique pour impression sur coton France, Alsace, Mulhouse, manufacture ThierryMieg & Cie, vers 1848-1850 Gouache sur papier Inv. S.1113 n°3684-59 n°3841.85.

Le motif en prise avec l’art et les nouvelles technologies

Le 18ème siècle marque l’arrivée des premières étoffes abstraites ou à dessins de modules qui ressemblent à des cellules. Elles suivent naturellement le perfectionnement des microscopes au travers desquels les dessinateurs appréhendent l’infiniment petit. Le 19ème siècle inaugure les débuts de la chimie, l’amélioration des techniques de gravure et l’utilisation de la laine. C’est le début des formes abstraites ou géométriques, inspirées par le mouvement et la troisième dimension. L’impressionnisme nous conduit à la peinture moderne du 20ème siècle qui s’illustre successivement au travers de divers courants, du cubisme au surréalisme jusqu’à l’expressionnisme abstrait. Le style art déco des années 30 produit des étoffes géométriques très graphiques en corrélation avec le mobilier et la décoration de l’époque. Les principes des cercles chromatiques s’illustrent par la peinture de Delaunay, Mondrian, Albers ou Vasarely. L’abstraction géométrique et lyrique prend le relais dans les années 50 faisant place à l’art cinétique puis à l’Op’art jusqu’au Pop Art. Les années 70 ouvrent le champ à une cohabitation de toutes les formes d’art (peinture, sculpture, photographie, design) jusqu’au Street Art.  Autant d’influences d’hier à aujourd’hui qui n’ont de cesse de faire vibrer couleurs et motifs dans le textile.

Lé d’ameublement « STREET DYPTIQUE » France, création Charles Pringuay