S’il a longtemps été considéré comme un support d’art, le paravent légitime aussi son usage de cloison mobile. De l’œuvre d’art à aujourd’hui, il demeure une pièce forte de la décoration, idéale pour diviser et décorer avec style. Le tissu a ici sa carte à jouer !

 

Hanz Temple - (1857-1931)

Hanz Temple – (1857-1931)

Très loin dans l’histoire…

Il faut aller chercher loin, très loin, dans l’ère avant J.-C. pour identifier les premiers paravents. C’est sous la dynastie Zhou en Chine peu avant son déclin (IVème avant J.-C) que se développe ce meuble alors composé de panneaux de bois uniques fixés sur un socle. Sous la dynastie suivante, Han (IIIème siècle av. J.-C.), il devient pliable, articulé par des paumelles métalliques. Ses panneaux en bois sont généralement peints ou laqués, mais aussi confectionnés avec des panneaux de soie encadrés dans un châssis de bois. Fort de sa fonctionnalité jamais démentie au fil des siècles – protection contre les courants d’air, création d’espaces d’intimité, division des pièces –, il se popularise au fil des dynasties. C’est au VIIème siècle qu’il arrive au Japon où on substitue au bois, des feuilles de papier ou de soie, et aux charnières, des lanières de cuir ou des cordons de soie. Plus léger donc facile à déplacer, ce paravent dénommé « byôbu » devient une cloison mobile légère et lumineuse. La Corée, quant à elle, le sacrifie à un magnifique travail d’ornementation. Fort de cet héritage esthétique et fonctionnel dont il ne déviera jamais, le meuble paravent trace désormais sa route !

 

Paravent à Versailles blog de berdom rez de chaussée.jpg

Paravent à Versailles blog de berdom rez de chaussée.jpg

Son arrivée en occident

Il faut attendre le XVème et l’époque des premières expéditions britanniques pour le voir débarquer en Europe. Suivront au XVIème siècle les importantes cargaisons des Compagnies française et hollandaise des Indes. S’il pénètre en premier lieu les édifices religieux, il s’introduit au XVIIème siècle dans les appartements privés sous l’influence de la Marquise de Rambouillet, femme d’influence dont le célèbre salon littéraire parisien apprécie ces séparations qui encouragent l’intimité et la confidence.

 

Un meuble à cacher qui se montre - Peintre italien Arturo Ricci  19ème.jpeg

Un meuble à cacher qui se montre – Peintre italien Arturo Ricci 19ème.jpeg

La mode ainsi lancée, le paravent occupe dès lors le paysage et dans la magnificence des décors de l’époque, à Versailles notamment, il ne tarde pas à devenir la coqueluche des artisans. Bois précieux, tissus, tapisserie, cuir gaufré, le tout agrémenté de galons participent à son intégration dans le décor. Très en vogue aux XVIIème et XVIIIème siècles, il recouvre aussi sa fonction première de protéger des courants d’air. A Versailles par exemple, où il n’y a pas de chauffage, on l’utilise dans la chambre et les salons où il fait écran devant les fenêtres et portes pour diriger et conserver la chaleur des feux de cheminée. Passée l’époque de Marivaux et de ses précieuses ridicules à la fin du XVIIIème siècle, il tombe en désuétude car jugé « vulgaire ». Mais c’est aussi l’amélioration des conditions de chauffage qui lui donneront ultérieurement un autre statut.

Paravent chinois composé de châssis d'ébène et de panneaux de soie - wikipédia.org

Paravent chinois composé de châssis d’ébène et de panneaux de soie – wikipédia.org

 

Du support d’art à la mobilité de la cloison

Le courant artistique du japonisme nous le ramène au début du XIXème siècle. L’art japonais nourrit alors l’inspiration des impressionnistes et des artistes de l’Art Nouveau. Les arts décoratifs sont mis en exergue et le paravent se retrouve en ligne de mire à côté d’autres savoir-faire importés comme l’éventail, la porcelaine ou la laque.

Grand paravent en laque de Coromandel- Chine, époque Kangxi, daté 1685

Grand paravent en laque de Coromandel- Chine, époque Kangxi, daté 1685.jpg

De nouveau, les peintres s’approprient sa surface, Bonnard et Vuillard en particulier, alors en plein mouvement Nabis. Les grands ensembliers des années 20/30 dont Jean-Michel Franck, Eileen Gray, Jean Dunand, en distinguent le potentiel pour le mettre en scène dans la décoration intérieure. Le paravent s’expose et fait la part belle aux matériaux nobles de l’époque (bronze, fer forgé et bois) et à la laque. Jean-Michel Frank pousse même l’exercice avec de la terre cuite pour préserver son statut de pièce unique. Sa surface qui se déploie jusqu’à six panneaux, épouse tous les styles, du paysage à l’art abstrait.

Paravent ancien louis XV, 18 ème siècle

Paravent ancien louis XV, 18 ème siècle

Vient l’heure de sa démocratisation où dès lors, il protégera des regards indiscrets. Qui ne souvient pas de scènes de cinéma d’anthologie où les femmes se dissimulent derrière ce triptyque pour se déshabiller ou s’habiller ? Allié intime de l’espace quand il n’y en a pas, ou de la chambre, il reprend les codes décoratifs de son environnement (papiers peints ou tissus coordonnés aux rideaux) pour finalement s’exporter dans toute la maison et se décliner en toute liberté.

 

Musée Condé - Salon violet - wikipédia.org

Musée Condé – Salon violet – wikipédia.org

De l’art de l’agencement dans toutes ses déclinaisons !

Support de décoration à part entière, le paravent a su initier un autre regard sur la cloison tout comme interroger le sens de la mobilité. Là est sa vertu ! Cette cloison légère ne cesse de s’octroyer des libertés, qu’il s’agisse de décors ou d’utilisation allant même jusqu’à se décliner en variante acoustique. 

 

Lelièvre - Bibliothèque de Louis XVI recouvert du  %22Pékin%22 peint au pochoir

Lelièvre – Bibliothèque de Louis XVI recouvert du %22Pékin%22 peint au pochoir

A l’heure de l’open space dans la maison, son emploi recouvre toute son utilité : structurer l’espace en laissant filtrer la lumière, créer une séparation temporaire dans une pièce ou encore faire barrage aux courants d’air mais aussi plus concrètement, dissimuler un espace de travail, masquer un coin télé, ménager un coin lecture, guider une circulation, structurer une suite parentale, etc. Côté décoration, qu’il soit chiné ou non, son support invite à toutes les déclinaisons sur tout ou partie de ses vantaux. Ainsi offre-t-il pour le tissu et la passementerie (galons) un champ d’action des plus large. Une théâtralisation de l’espace à conjuguer avec les matières, les motifs, des jeux de plis voire même avec un éclairage à leds intégré.

De quoi créer une pièce déco forte qui occupe l’espace avec une valeur d’usage !

Declercq Passementiers - Paravent Hermione

Declercq Passementiers – Paravent Hermione

Dedar_2016_SilkbirdJacquard (2)

Dedar_2016_SilkbirdJacquard (2)

Romo - Cirque

Romo – Cirque

Paravent réalisé avec Cuir au Carré et Bisson Bruneel , design Eric Gizard

Paravent réalisé avec Cuir au Carré et Bisson Bruneel , design Eric Gizard

Paravent AiMAi. Design Elliott Barnes pour Studioart Rubelli

Paravent AiMAi. Design Elliott Barnes pour Studioart Rubelli

Paravent Vanity screen, Noble & Wood recouvert du tissu Nami  en lin/viscose/coton et soie. Lelievre.

Paravent Vanity screen, Noble & Wood recouvert du tissu Nami en lin/viscose/coton et soie. Lelievre.

Dedar 2016 - SilkbirdJacquard (1)

Dedar_2016_SilkbirdJacquard (1)

 

 

 

 

 

Mots clés : articulé - bois - Bois précieux - Bonnard - bronze - byôbu - cloison - cloison mobile - confidence - création d’espaces d’intimité - cuir gaufré - décor - décoration intérieure - dissimuler - diviser et décorer avec style - division des pièces - Eileen Gray - esthétique - faire écran - fer forgé - fonctionnel - galons - intimité - Jean Dunand - Jean-Michel Franck - laque - laqués - masquer - meuble - mobilité - mouvement Nabis - panneaux de soie - paravent - paumelles métalliques - peints - pliable - protection contre les courants d’air - protéger des courants d’air - séparation temporaire - structurer l’espace - Support de décoration - tapisserie - théâtralisation de l’espace - thedecoralist - tissus - valeur d'usage - variante acoustique. - Vuillard