Dans le discours de Gabriel Ravet, il y a avant tout la défense d’un statut, celui de tapissier garnisseur traditionnel. Un métier qui, pratiqué dans les règles de l’art, garantit la pérennité de l’ouvrage tout en lui ouvrant la capacité créative à se renouveler. Rencontre et explications avec cet artiste passionné !

 

SAS Gabriel Ravet - Degomme

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Comment définissez vous votre métier de tapissier, comment incarnez vous votre rôle ?

C’est l’art de transformer, d’interpréter les étoffes, les passements, matières et matériaux de rembourrage d’origines animales, végétales et aujourd’hui synthétiques, tant dans les garnitures des sièges que dans les décors qu’il s’agisse de restauration ou de création. Aujourd’hui, on pourrait dire qu’il y a plusieurs métiers dans un métier. Celui de tapissier garnisseur traditionnel dans lequel je me range, nécessite un très long apprentissage de 3 à 6 ans, auprès de Maîtres auquel vient s’ajouter l’exercice du métier. Là se pratique l’art absolu du modelage des fibres libres, cardées, concentrées dans un volume de toile (lin ou chanvre) où il s’agit d’imprimer des formes, de souligner des galbes en creux pleins et de maintenir les bords solides avec des piqûres. Ces dernières sont réalisées avec des ficelles savamment positionnées dans le but de structurer, de solidifier des lignes d’appui tout en imprimant un confort nécessaire à l’usage. Cette démarche garantit une exactitude d’ouvrage durable et renouvelable. A contrario, il y a le tapissier industriel ou semi industriel qui travaille des mousses de résilience en polymères de pétrole ou avec des formes préalablement produites industriellement. Là, la formation rentre dans une logique d’employé spécialisé et n’excède pas 3 à 6 mois. Mais ce qu’il faut bien considérer dans la production moderne, c’est son impact écologique : 1 m3 de mousse de résilience nécessite 600 à 800 litres de pétrole et autant d’eau alors qu’avec une garniture traditionnelle, on réduit l’impact de 90 % ! Ca donne à réfléchir sur notre façon de consomme !

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Vous avez fait l’école Boulle, la tradition du geste est donc primordiale, cependant s’exprime-t-il de la même façon en 2015 ?

 A l’école Boulle, je pourrais dire que j’ai appris la continuité du geste mais pas la tradition du geste. Au Japon par exemple, le temple d’Isé dédié à la déesse du soleil Amaterasu n’est fait que pour durer vingt années. Au terme de cette période, il est démonté mais préalablement, on aura pris soin d’en construire un nouveau à l’identique du précédent. Ce rituel qui dure depuis douze siècles est assez parlant sur notre façon de fonctionner en occident : nous vénérons les vieilles pierres car elles gardent la mémoire de celui qui les a taillées alors qu’au Japon, la mémoire se transmet par le geste inchangé de l’artisan. J’adhère donc à la phrase d’André Malraux : «  Nos architectes ont rêvé leurs cathédrales comme des pierres d’éternité, ceux d’Isé ont rêvé la leur comme le plus grand des nuages ». Fort de cet enseignement, je dirais donc qu’une fois le geste domestiqué et maîtrisé, il ne faut pas le dissocier de la pensée pour lui conserver toute sa force créative qu’elle soit dans l’interprétation d’une œuvre patrimoniale ou pour toute autre forme de création.

 

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Quelles qualités mettez vous en avant pour capter la sensibilité de votre époque, de votre client et de son environnement ?

Comme je vous l’ai dit, savoir-faire et passion ne vont pas l’un sans l’autre. Mais sans la base d’une culture générale structurée et efficiente, il ne peut y avoir de densité référentielle où puiser. La Connaissance en règle générale nous donne accès au développement des concepts et images ouvrant ainsi notre imagination et notre imaginaire. De quoi générer des propositions créatives ! Ainsi, une fois les bases techniques, pratiques et académiques acquises, il faut laisser agir notre personnalité. Cela passe par une capacité à écouter, à observer, à synthétiser les informations pour répondre aux attentes des commanditaires ou clients. Il faut bien considérer que nous sommes un maillon de la chaîne, entre éditeurs et décorateurs ou architectes jusqu’au client. Il en va de notre compétence à créer et à réaliser parfois de véritables « œuvres » qui de ce fait contribuent à la mise en valeur des tissus d’un côté et à servir l’esthétique d’un projet de l’autre. Artisan inspiré et partenaire avisé, je suis donc !

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L’art joue de toutes les transversalités, et ce particulièrement dans le domaine de l’ameublement et du décor, vous inspire-t-il dans votre travail ?

Quel qu’il soit, l’art est par essence poly-transversal, poly-influent et on ne peut s’y soustraire. La plupart des œuvres sont souvent la source d’assemblage de techniques issues de métiers et de savoir-faire différents, indissociables de l’identité de l’œuvre achevée. Pour l’inspiration, c’est un fondement encyclopédique dans lequel je puise la ressource utile à mon imagination. De là, il importe de savoir oser établir dans les arts des paradoxes contraires aux idées communes afin de prendre la distance suffisante pour suggérer sa propre part de créativité.

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Et justement, comment exprimez vous votre créativité ?

Par le travail ! Rien que le travail dans toutes ses composantes du faire et de la réflexion qui va avec ! L’artisan est aussi un artiste qui a sa propre sensibilité. Issu du monde campagnard et montagnard, le spectacle de la nature n’a cessé d’alimenter mes pensées créatives, forgeant des images complexes d’élégance, à tout jamais sources d’émerveillement dans mon cheminement. Elles continuent encore aujourd’hui à guider mes suggestions tant techniques qu’esthétiques auprès de mes clients. Tout simplement parce que la nature est immuable et offre un potentiel infini d’interprétations. Et pour conclure, je me range à ce noble et puissant aphorisme de Goethe, « Ma vie est une merveilleuse aventure non pas pour acquérir ce que la nature a mis en moi, mais une merveilleuse aventure pour développer ce qu’elle a mis en moi » !

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