Rencontre avec François-Joseph Graf

Homme de l’art, François-Joseph Graf décline la palette de ses savoir-faire d’architecte, décorateur d’intérieur et créateur pour mieux servir celle des métiers d’art. Passionné par les Arts Décoratifs, il y inclut le tissu comme un ambassadeur d’excellence de l’artisanat français pour sa clientèle internationale.

Quel est votre rapport au tissu d’ameublement en règle générale ?

Dans le cadre de mes chantiers, je m’intéresse en premier lieu à la gestion des espaces. Travailler le volume, découper l’espace, réaliser les plans avec pour objectif de servir le projet. La direction artistique relève toujours d’une approche globale où le tissu redonne le ton de l’époque ou répond au style plébiscité pour la réalisation.

Quelle tonalité lui donnez-vous dans vos réalisations ?

Tout dépend du projet et là encore, il n’y a pas de règles prédéfinies ! Dans le cadre d’un chantier patrimonial, les étoffes peuvent restituer la même époque de vie que la pièce comme rien ne m’oblige à choisir un tissu de facture XVIIIème pour signer une réalisation de cette époque. Je peux tout aussi bien opter pour un tissu de la période Art Déco ou un tissu contemporain.

Comment l’histoire du tissu alimente-elle votre passion pour les Arts Décoratifs ?

L’histoire du tissu fait partie intégrante des Arts Décoratifs et nous renseigne sur l’évolution des arts, des savoir-faire et des modes de vie. Ainsi, peut-on constater que dès le XVIIème siècle, les changements de décor suivaient les saisons ce qui a probablement participé à l’essor du métier de tapissier. Le tissu s’inscrit donc dans un renouvellement permanent. Il garde en mémoire ces étoffes d’hier qui continuent de perdurer sur mes chantiers : velours, damas, brocarts, draps de laine ou de cachemire, taffetas, soie, etc. J’aime l’idée de cette perfection à laquelle j’ajoute le supplément d’âme qu’est la passementerie. Fabriquée dans les règles de l’art, elle est pour moi un détail d’ornementation des plus luxueux.

Ces savoir-faire vous servent-ils de fil conducteur ?

Les Arts décoratifs conditionnent mon état d’esprit en ce sens ils m’ont donné le goût d’expérimenter toutes les techniques pour les étoffes, pour leur création et leur mise en scène. C’est un plaisir d’agréger des équipes et de faire travailler tous les acteurs et artisans de la décoration. C’est aussi ma façon de faire passer le message d’excellence de l’artisanat français auprès d’une clientèle étrangère. Elle est un véhicule de notre culture française.

Que privilégiez-vous dans la mise en scène du tissu ?

J’ai une approche du tissu complètement différente de mes contemporains dans la mesure où je les crée en partie à partir de documents d’archive. Cette façon de procéder est très importante pour préserver les savoir-faire uniques de nos métiers d’art, celui des grands tisserands à bras par exemple. C’est le travail que j’effectue auprès de la manufacture de soieries Tassinari & Chatel à partir de leur bibliothèque de documents anciens pour des brocards, des brochés chenilles…, tout comme avec la Maison Declercq pour la passementerie. Dans ce cas, je reste fidèle à l’histoire sans extrapoler pour rester au plus proche de la réalité de l’époque. Parallèlement, je crée aussi des tissus que je dessine. J’ai le goût des tentures murales avec des rideaux en coordonné. J’aime ce qui est brodé, la passementerie de fils d’or et autres combinaisons avec galons, franges, glands, embrasses…  pour les rideaux, les chaînes de lustre, etc. Elle participe de cet art de parurier de la couture.

Vous œuvrez également sur le territoire de la mode, quels parallèles établissez-vous avec la décoration ?

Au niveau du dessin, le processus de création procède de la même démarche artistique avec création de cartons et cadres d’impression. Tout est toujours une question de rapport avec le volume. Pour ce qui concerne l’esprit, je dirais que la mode répond plus à un air du temps. Mais la contemporanéité des accessoires que je crée (foulards, maroquinerie…) se dispute à une intemporalité qui m’importe beaucoup pour valider la pérennité de l’objet. Le tissu en décoration nécessite un certain poids pour participer à son bon maintien. S’il arrive que je fasse des rideaux avec des étoffes et doublures de maisons de mode, la seule exigence sera de travailler l’étoffe dans les règles de l’art.

Article par Karine Quédreux

François Joseph Graf Architecte