Etre architecte et aimer le textile relève de la gageure. Les architectes n’en ont ni la formation, ni la connaissance. De quoi désemparer Jean-Philippe Nuel à ses débuts. Passé à l’intérieur avec l’hôtellerie comme fer de lance de son activité, il a su en faire un matériau comme les autres en lui donnant un champ d’expression très large. Explications !

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Hôtel des Cures Marines de Trouville (Trouville-sur-Mer) © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Quel rapport avez vous avec le textile en règle générale ? 

Si je remonte à mes premiers chantiers en tant qu’architecte, j’avoue rétrospectivement ma méconnaissance du textile. Faire son apprentissage a été un chemin de croix ! C’est lié à notre culture d’archi tournée vers le bâtiment et non la déco. Mais par chance, j’ai baigné dans un milieu familial où l’architecture, le design et la décoration s’accordaient en bonne intelligence. Avec 80 % de mon activité aujourd’hui tournée vers l’architecture intérieure, le textile est un matériau que je place au même rang que les autres et dont j’apprécie les spécificités pour la scénographique : la matière est souple, unique dans son rapport à la lumière et multiple eu égard à son immense palette.

Hôtel des Cures Marines de Trouville (Trouville-sur-Mer) - © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel des Cures Marines de Trouville (Trouville-sur-Mer) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Dans vos chantiers, comment le mettez vous en scène ? 

Il faut dépasser son utilisation « rideaux » car elle coule de source mais là aussi, on peut lui inventer de nouveaux territoires. J’aime l’utiliser en tenture murale pour faire bouger les textures ou en panneaux acoustiques comme piège à sons. Ce système associé à des structures acoustiques spécifiques permet de réaliser des assemblages en camaïeu de couleurs. Idéal pour dynamiser une salle de réunion par exemple. Ensuite, bien évidemment, il y a les assises dont la composition relève de l‘exigence matière/performance.

Hôtel des Cures Marines de Trouville - © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel des Cures Marines de Trouville – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Quel rôle lui faites vous jouer ?

La matière est avant tout sensuelle. Elle induit une nouvelle dimension dans la perception de l’espace, pas uniquement visuelle mais aussi tactile. Elle interroge la lumière en jouant de ses reflets. Elle est support de couleurs que l’on s’en serve ou pas comme fil conducteur. Enfin, pour l’architecte que je suis, sa fluidité permet de casser les frontières de l’espace, d’échapper à la rigueur de la boîte. C’est le cas pour le chantier de Molitor où j’ai fait tourner le textile en périphérie de la pièce pour en faire disparaître les angles. Affranchi de ses limites formelles, le volume de la chambre aux dimensions restreintes s’est adouci. L’habillage textile des têtes de lit procède aussi de cette même idée de cocon. Le textile a cette capacité à se modeler pour se lover dans l’espace. Si le rideau est indispensable pour l’occultation, on peut aussi en tirer autre chose d’un point de vue spatial, pour faire communiquer les espaces entre eux sans se servir de cloison par exemple !

Hôtel Molitor (Paris 16ème) - © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel Molitor (Paris 16ème) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

En termes de design, qu’est-ce qui oriente votre choix : unis, imprimés, matières, couleurs… ?

Je travaille exclusivement la palette des unis, du blanc à la couleur, car les motifs m’encombrent. J’aime confronter les textiles entre eux et jouer de leurs différentes perceptions relatives à leur texture, leur confection, leur positionnement ou leur support, de type tringlerie par exemple avec le système Wave qui permet une ondulation régulière sur toute la longueur. Après, le raffinement s’opère dans le détail et l’originalité : placer un voilage par dessus le tissu du rideau, mélanger textures raide et soyeuse, jouer en surépaisseur avec l’organza pour donner de la profondeur à un mur, etc. A Molitor par exemple, j’ai opté pour un plissé droit blanc qui joue de sa fluidité contemporaine.

Hôtel Le 5 Codet (Paris 7ème) - © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel Le 5 Codet (Paris 7ème) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Avez vous une matière de prédilection et pourquoi ?

J’aime les matières qui s’affirment en tant que telles : la laine, la soie, le coton, le lin. La laine est peut-être plus masculine mais une belle laine fluide élégamment cassée au sol est tout simplement sublime ! J’apprécie aussi la soie pour travailler ses effets changeants avec la lumière. De manière générale, j’aime explorer des solutions moins convenues tout en sobriété, je recherche les oppositions mat/brillant, les effets de contrastes entre les matières pour créer des vibrations singulières. Avec les progrès incroyables du Trévira CS dans l’hôtellerie, le toucher est à s’y méprendre avec les matières naturelles. Cela permet d’aller plus loin dans la scénographie, de partir sur des pistes d’un « comme à la maison » dans une optique d’un « chez soi sublimé » dès lors que l’on y ajoute du panache et de l’élégance !

(c) Hôtel Molitor AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD (16)

Hôtel Molitor (Paris 16ème) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Quelles différences faites vous entre la sphère privée et collective pour mener à bien vos projets ?

Chez moi par exemple, j’ai choisi du lin pour mes rideaux mais du lin un peu froissé qui casse au sol pour une connotation contemporaine. Entre la sphère privée et la sphère collective, les contraintes ne sont pas les mêmes pour des raisons de maintenance, de sécurité, d’usage, de standing, de navigation entre les espaces… Il n’en reste pas moins que le champ d’expression du textile est très large quel que soient les lieux. Il doit juste trouver sa place dans l’histoire du projet qui, pour moi, est dicté par l’identité du lieu, sa valeur patrimoniale s’il y a, son architecture et son environnement. Ce parti-pris conceptuel permet de mettre en symbiose l’intérieur avec l’extérieur. A Molitor par exemple, le bâtiment classé imposait sa tonalité ocre jaune, cette palette extérieure a nourri les ponctuations textiles des parties communes en intérieur. Aux Cures Marines de Trouville, l’histoire fait référence à l’esprit balnéaire chic de l’époque des bains de mer d’où des clins d’œil mode/déco avec des rideaux blancs rehaussés de fines rayures tennis ou encore à larges bandes noir et blanc en écho aux cabines de plage. Une fois que l’on a trouvé le fil rouge qui fait sens, il convient de réunir les morceaux du puzzle dont fait naturellement partie la création textile.

Hôtel des Cures Marines de Trouville (Trouville-sur-Mer) - © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel des Cures Marines de Trouville (Trouville-sur-Mer) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Hôtel des Cures Marines de Trouville (Trouville-sur-Mer) © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel des Cures Marines de Trouville (Trouville-sur-Mer) © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Hôtel Le 5 Codet (Paris 7ème) - © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel Le 5 Codet (Paris 7ème) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Hôtel des Cures Marines de Trouville (Trouville-sur-Mer) - © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel des Cures Marines de Trouville (Trouville-sur-Mer) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Hôtel Le 5 Codet (Paris 7ème) - © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel Le 5 Codet (Paris 7ème) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

(c) Hôtel Molitor AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD (18)

Hôtel Molitor (Paris 16ème) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

Hôtel Molitor (Paris 16ème) - © AGENCE NUEL -  GILLES TRILLARD

Hôtel Molitor (Paris 16ème) – © AGENCE NUEL – GILLES TRILLARD

 

Mots clés : architecte - camaïeu de couleurs - connotation contemporaine - contrastes entre les matières - exigence matière/performance - explorer des solutions - fluidité - inventer de nouveaux territoires - Jean-Philippe Nuel - la laine - la soie - le coton - le lin - l’architecture intérieure - l’hôtellerie - l’occultation - matériau - panneaux acoustiques - piège à sons - rideau - sensuelle - système Wave - tenture murale - têtes de lit - textile